10 – Balai blues

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Quand vient le sam’di soir
on m’sort de mon placard.
On m’traîne dans le couloir
pour déblayer l’foutoir.
Toutes les bouteilles sont vides,

les cendriers bien trop pleins.
C’est pas moi qui décide,

je me mets au turbin.
Je m’coltine toutes les plinthes,
je racle les recoins.
On me cogne, on m’esquinte

presque jusqu’au matin.
Alors quand vient l’dimanche,

je suis de mauvais poil.
J’en ai vraiment plein l’manche,

il est grand temps de mettre les voiles.
Pour un balai comme moi,
c’est pas une existence
de traîner dans l’ennui
et la désespérance.
J’peux pas rester comme ça,

j’vais faire une dépression.
Je rêve d’être comme un lion
mais j’ramasse des moutons.
Alors un beau matin
j’me pointe dans la salle de bain.

Je secoue la poussière,
j’me mouche dans la serpillière.

J’me refile un coup de peigne.
J’me badigeonne le bois.
J’me dis qu’cet oxygène

aura raison de moi.
À peine sur le boulevard
je me pique une vieille peur

à cause d’un truc vicelard
une manif’ d’aspirateurs.
« À bas les balais-brosses ! »,

criaient tous ces maboules.
J’leur ai pas cherché d’crosses.
Je préfère éviter la foule.
Pour un balai comme moi,
c’est pas une exigence
de faire saigner les crânes,

de parler de vengeance.
J’aspire pas au pouvoir,
ni même à l’partager.
Je veux pas de foulard noir,

j’veux surtout pas m’mouiller.
Au bout de quelques heures
que j’traînais dans Paris,
j’me dis j’vais faire mon beurre

du côté de la rue Saint-Denis.
Je repère une belle gosse,
un amour de fond d’bar.
J’lui dis : « Veux-tu qu’je bosse ?

que j’balaye ton trottoir ? »
Et depuis ce jour-là
on ne se quitte pas.

J’suis l’balai favori
de ma petite amie.
Si j’ramasse les mégots

et les tickets d’métro,
après une nuit d’boulot
j’la promène sur mon dos.
Avec toutes ses amies,
et elle en a plus d’une,
elle aime se retrouver
les soirs de pleine lune.
Je vole à plus de cent

pour qu’elle arrive à l’heure.
Elle nage dans l’alcool,

et moi dans le bonheur.
Mais ça n’a pas duré,
comme on peut s’en douter,
dès qu’elle s’est entichée
d’un p’tit gars du métier :
un maquereau italien,
un foutu psychopathe,
un satané vaurien
qui m’a dit bas les pattes.
Lorsqu’il s’est installé
elle m’a vite oublié.
Elle a dit qu’un balai
c’est fait pour balayer.
Et quand vient l’samedi soir
on m’sort encore de mon placard.
On m’traîne dans le couloir
pour déblayer l’foutoir.
BALAI BLUES !
Oh balai blues !
Je racle les trottoirs,
je suce les mégots,
on m’coince derrière l’comptoir
j’en ai vraiment, vraiment plein l’dos
(BALAI BLUES !
Oh balai blues !)
des maquereaux italiens
et de tous ces maboules
qui m’refilent leur turbin
et qui couchent avec ma poule !
Bas les pattes !
Alors, faut qu’je m’écarte ?
Et quand vient l’samedi soir
on m’traîne toujours dans le couloir !
J’attrape la crève dans tout c’foutoir
et plus ça va et moins ça va et plus j’balaie les idées noires.
Oh, balai blues !
Il est grand temps de mettre les voiles !

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