100 – Genoux-Voix

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Je suis un gars moderne
qui cherche du boulot.
Pour ce qui me concerne,
j’pars du niveau zéro.
On me presse, on m’explique :
« Crée donc un compte en ligne !
La norme informatique,
il faut s’en montrer digne. »
Mais l’clavier sous mes droits,
insensible aux caresses,
n’affiche que des mots froids,
je tape hashtag détresse.
Je me glisse dans la rame,
premières heures du métro.
Pour un supplément d’âme,
il faut se lever tôt.
En quête d’un regard
amical ou intime,
je tente un truc bizarre :
j’salue les anonymes.
Mais les yeux n’ont d’oreille
que pour les téléphones.
On y lit les nouvelles,
pas même besoin qu’ils sonnent !
J’arrive à l’improviste,
je n’ai pas d’numéro.
Je n’suis pas sur les listes,
carrément hors réseau.
Le préposé s’agite,
scrute son logiciel.
Je le gêne, il m’évite,
tout doit rester virtuel.
Mais en pixels clignote
une opportunité.
Et ses gros doigts tapotent
la touche « laissez passer ».
Quand j’pousse enfin la porte,
marchant vers ton bureau,
sachant ce qui t’importe,
j’épèle mon numéro.
Espérant un sourire,
un mot de bienvenue,
je dis ce qu’il faut dire
comme il est convenu.
Oui mais tu ne me vois
qu’à travers ton écran.
Tu vérifies mes droits,
c’est tout noir ou tout blanc.
Si j’tiens encore debout,
ce n’est pas grâce à vous,
ni à « je » ni à « nous »,
mais à mes deux genoux.
Et je me tiens bien droit
devant vos tristes rois
pour mieux lancer ma voix
à l’assaut de leurs lois.
Et si j’prends la parole,
genoux, voix hors contrôle (c’est pas drôle),
c’est pour dire à Google
que j’nous vois hors contrôle (non, ce n’est pas drôle).
Contrôle informatique,
cerveaux et robotique !
Toujours pas de travail,
algorithme feignant.
Avenir de racaille,
je clique sur le néant.
Vu mon profil sans doute,
il n’y a pas d’alternance,
pas de site, pas de route,
juste un peu plus d’errance.
C’est pas net, Internet,
pas beau, réseaux sociaux.
Je chausse mes baskets,
je repars à zéro.

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