105 – Entre Deux Digicodes

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Comme j’étais invité, je me suis présenté,
avec toute ma famille et un bouquet d’oeillets.
On a pris l’apéro, suçoté les entrées.
Sur le plat principal on s’est même tous jetés.
Mais à l’heure du dessert, à l’heure des liqueurs,
je me suis souvenu qu’on m’attendait ailleurs.
Tout le monde le savait, mais personne n’en parlait.
Entre deux digicodes je devais naviguer.
Il fallait me cacher et me cacher encore.
J’appartiens en effet à deux mondes qui s’ignorent.
D’immeuble j’ai changé, ça ne fait pas de doute,
sans même un parapluie, sans même prendre une goutte.
Le code j’ai composé, moderne coûte que coûte.
La porte j’ai poussé, une de plus sur ma route.
Passant mine de rien d’une résidence à l’autre,
J’m’effaçais devant l’une, m’annonçais devant l’autre.
Tout le monde le savait, mais personne n’en parlait.
Entre deux digicodes je devais naviguer.
Il fallait me cacher et me cacher encore.
J’appartiens en effet à deux mondes qui s’ignorent.
Faut pas exagérer,
c’est pas la guerre civile,
même si tout se passe
dans la même ville.
Et faut pas s’inquiéter,
la haine est silencieuse.
Quand vient le dimanche,
(quand vient le dimanche)
on laisse la veilleuse.
Ascenseur et couloir, « bonjour comment ça va ? ».
Café et p’tits boudoirs, « ah vraiment ça va pas ! ».
Deux heures de plaintes plus tard, je veux bien piger ça,
mais c’est pas une raison pour m’rabâcher l’bardas.
J’avais p’t-être des nouvelles vraiment pas ordinaires
sur une proche catastrophe très thermonucléaire.
Tout le monde le savait, mais personne n’en parlait.
Entre deux digicodes je devais naviguer.
Il fallait me cacher et me cacher encore.
J’appartiens en effet à deux mondes qui s’ignorent.
Quand j’me suis congédié, que j’ai repris la porte,
j’étais toujours pas là, plus qu’effacé en sorte.
Je n’avais rien pu dire de tout ce qui m’importe,
de mes vives amours, de celles qui n’sont pas mortes.
Repassant mine de rien d’une résidence à l’autre,
je m’abolis de l’une et me résigne à l’autre.
Faut pas exagérer,
c’est pas le grand chantier,
même si tout se passe
dans le même quartier.
La fin du vacarme
et la paix du silence,
c’est moi qui m’en charge
(c’est moi qui m’en charge)
non sans insolence.
Mieux qu’une éponge encore,
j’absorbe comme une pierre,
promesses de l’aube,
(promesses de l’aube)
et du cimetière.
Tout le monde le savait, mais personne n’en parlait.
Entre deux digicodes je devais naviguer.
Il fallait me cacher et me cacher encore.
J’appartiens en effet à deux mondes qui s’ignorent.

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