15 – Le danseur et la reine

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« As-tu remarqué le vautour « , dit le danseur à la reine,
« qui s’intéresse à ton palais comme une ride à ton front ?
Tu peux congédier tes archers, leurs flèches sont rouillées.

Toutes ces lampes ont trop brûlé, tu t’es trop regardée.
Un de ces jours la nuit va tomber.
Je n’suis pas là pour la ramasser,

mais pour danser ».
Elle dit : « Je n’t’ai rien demandé, ni de parler ni de danser,
ni même de traverser l’désert, plus nu qu’un nouveau-né.
Tu peux secouer tous tes grelots, je ne t’ai pas sifflé.
Mais à y r’garder de plus près, ton corps est délabré.
Tu as maigri, on voit tes os,
je n’suis pas là pour te rassasier
mais pour régner.
Tu as maigri, on voit tes os,
je n’suis pas là pour te rassasier
mais pour régner ».
Il dit : « L’autre soir à la télévision, on t’as vu chanceler.
Tu te hâtais vers ton Boeing, priant pour qu’il soit détourné.
Deux officiers à tes côtés te pressaient d’abdiquer,
mais au journaliste tu as déclaré ne plus rien redouter.
Tu mords l’épaule qui te soutient.
Crois-tu ainsi vaincre la main
qui te menace ? »
Elle dit : « Mon pouvoir n’est pas un rêve, je peux vraiment te faire souffrir.
Pour un battement de mes cils, d’autres clowns ont succombé.
Demain c’est au bord du gouffre que pour moi tu vas danser.
Secoue ta haine, prépare-toi, pour mon plaisir enivre-toi !
Les officiers sont fusillés,
le journaliste était payé,
pourquoi pas toi ?
Les journalistes sont fusillés,
les officiers sont bien payés,
pourquoi pas toi ? »
Il dit : « OK, beauté, mais je préfère improviser ce sacrifice.
Et pour le prix de ta couronne, je danserai sur ta piste.
C’est moi qui fixe les conditions, je ne suis qu’un artifice.
Mon corps est brisé, mais c’est toi, tu le sais, qui va tomber.
Mais on dirait que tu hésites.
Bien sûr tu ne m’as pas sifflé,
mais je sais mordre ! »
Elle dit : « Tu dis vrai, tu n’es qu’un cabot, mais si ce soir j’hésite,
c’est que, vois-tu, mes courtisans réclament mieux encore.
C’est de mon souffle que tu dépends, surtout ne l’oublie pas.
Mais pour satisfaire ces gourmands je t’offrirai à la police.
Tu n’es qu’un piètre terroriste,
mais si ta bombe doit sauter
eh bien qu’elle saute !
Tu n’es qu’un piètre terroriste,
mais si ta bombe doit sauter
eh bien qu’elle saute ! »
La morale de cette histoire, comme vous l’avez remarqué,
c’est que la reine fut reine, et que le danseur a dansé.
Mais pour qu’un jour un dauphin règne, il vous faudra patienter :
le donjon du palais le lendemain s’est écroulé.

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