24 – Le petit bateau de plastique

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Chemin faisant,
à contre-courant,
perdu comme un soleil d’hiver,
éperdu entre ciel et terre,
l’enfant sommeille,
l’enfant s’éveille,
et son rêve s’imprime pâle
sur l’eau malade du canal.
Exprime en lettres de silence
sa monstrueuse indifférence.
Absent du monde sur la péniche,
transparent, ni pauvre ni riche,
il est la flèche de l’arc-en-ciel
mais traîne au bout d’une ficelle,
indifférent à tout trafic,
un petit bateau de plastique.
De ses trop blanches mains
imbibées de matin,
il chasse tout autour de lui
l’odeur magique de la nuit.
Étrange voyage
de l’enfant sans âge
qui scrute de son regard vide
la momie sous la pyramide.
Il voit ce qui n’existe plus,
éprouve ce qu’on n’éprouve plus.
Sa mémoire fait des ronds dans l’eau.
Son nom s’efface comme un écho.
Hier sera comme demain,
et vers la mer, vers son destin,
vogue en apprenti Titanic
un petit bateau de plastique.
De mots jamais n’accouche
la prison de sa bouche.
Quand l’éclusier lui dit « bonjour »,
il voudrait répondre « au secours ».
Ça parle dans sa tête.
Le vide mène l’enquête.
Quand l’éclusier dit « au revoir »,
il lui répond deux mois plus tard.
Sur les berges souffle le vent.
L’eau morte est le miroir du temps.
Pas de crayon et pas de page
où pourrait fleurir un langage.
Comme seule trace de son naufrage,
il introduit pour tout message
dans la bouteille, pathétique,
son petit bateau de plastique.

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