27 – Foncer dans la nuit

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Assis chez moi dans ce fauteuil chinois de guingois,
je cherche le moyen de ne pas me choper la gueule de bois.
J’écoute hurler les ambulances entre les comètes,
très curieux de savoir comment tout cela tournera.
Un collier de sourires s’égrène dans le couloir,
et des femmes à moitié nues passent en me tendant leurs foulards.
Alors j’ai préféré sortir
faire un tour en bagnole,
et foncer dans la nuit,
guidé par les phares.
Sur la nationale, un peu avant minuit,
il n’y a pas grand monde, les chats prennent des risques.
Et dans ma tête, au milieu du chahut, du tohu-bohu,
un téléphone sonne : « Allô, comment ça va ? »
Mais ronfle le moteur et grincent les vitesses ;
le téléphone sonne pour tous les abonnés absents.
Le téléphone sonne : « Allô, je veux te voir tout de suite »,
et Dylan souffle son blues sur auto-radio-RTL entre les pubes.
Alors j’ai continué à rouler,
de plus en plus vite.
Et c’est déjà le béton, les néons,
le périphérique.
Porte de Pantin, un peu après minuit,
il y a encore du monde, les flics prennent des risques.
Assis dans ce bar pas très catho derrière l’entrepot,
je sirote un verre d’eau coincé entre deux mégalos.
Les années soixante débordent du juke-box, ça sent l’intox.
Les mecs ont l’air de sortir tout juste du dernier match de boxe.
Les filles sont là, qui se vautrent dans le code civil.
Mon vieux c’est vraiment pas le genre de coin super-super-tranquille !
Alors j’ai préféré rentrer,
j’ai repris ma bagnole.
Et j’ai foncé dans la nuit,
avec presque plus d’essence.
Sur la départementale, vers trois heures du matin,
je suis tombé en panne, j’en avais pris le risque.
Alors j’ai continué à pied,
de plus en plus stupide.
Et j’ai glissé dans la boue,
mes clés à la main.
Sur le chemin de terre, au plus noir de la nuit,
un lapin m’a tendu la note de frais des risques,
de frais des risques.

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