59 – Rien à faire de l’enfer

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« J’ai rien à dire et rien à faire,
mais pas l’intention de me taire »
disait le fils du milliardaire
en soufflant sur sa pomme de terre.
« J’ai coulé l’usine de mon père,
j’avais pas l’sens des affaires.
J’entends pleurer les prolétaires :
depuis six mois, j’donne plus d’salaires.
Ils pensent que je dois remplir leurs vieux frigidaires.
Mais ils savent mieux que moi comment survivre en enfer. »
« Je vais par ci, je vais par là,
mais c’que je fais, je ne le sais pas »
disait le grand chef des soldats
perdant son sang et le combat.
« J’ai souvent fait tirer dans l’tas.
J’ai pacifié à tour de bras.
J’entends gémir autour de moi
les blessés qu’on n’achève pas.
Ils attendent de moi le geste qu’il faudrait faire.
Mais ils savent mieux que moi à quoi ressemble l’enfer. »
« Je pousse la loi sous le tapis,
j’aime les paysages dégarnis »
disait une espèce de bandit
spécialiste du pas vu pas pris.
« C’est moche de trouver la PJ
un beau matin au pied d’son lit.
Ils ricanent comme des abrutis,
m’annoncent que j’nai pas qu’des amis.
Ils n’ont pas vu sous mon oreiller le revolver.
Ils ne savent pas encore qu’on est tous bons pour l’enfer. »
« J’connais la musique, j’ai pas l’air,
j’ai les paroles, faut qu’j’retrouve l’air »
disait le chanteur poitrinaire
au public d’une fête populaire.
« On nous met dans la même galère.
Faudrait qu’on danse, qu’on boive de la bière.
On aime bien nous voir nous distraire
pourvu que tournent les affaires.
Je devrais vous faire le coup du joli p’tit concert.
Mais tout compte fait j’r’prends mon tour de chant en enfer. » (bis)

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