6 – Exil

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Si tu imagines,
oh si tu imagines trop ta vie,

tu verras qu’un beau soir
tu resteras là planté sur ta chaise,

le menton dans la main,
curieusement immobile
à regarder passer tes souvenirs.

Et le futur pour toi ne sera plus.
Le choix ne t’appartient plus pour très longtemps,
bientôt tu suivras la route sans carte Michelin.
Tu navigueras à vue,

la peur au ventre,
la tête dans les nuages,

étrange et immobile,
et des mots pleins la bouche,
mais les lèvres gercées par le silence.
Parfois tu hurleras,
mais la porte sans un bruit mille fois se fermera.

Et tu diras : « Non, oh non,
laissez-moi sortir,

laissez-moi mourir !
Faites de moi la graine froide qui germera,

la plante inculte qui survivra,
donnez-moi le soleil pour réchauffer ma terre. »
(« Accrochez sur mes branches le printemps et ses oiseaux »).
Mais personne ne t’entendra.
Les couleurs ruisseleront sur tes pensées,
chaque goutte s’échappant de toi
comme la note aux doigts du pianiste.
Et on dira : « Il est là, planté sur sa chaise, le menton dans la main,
curieusement immobile, et il ne pense à rien. »
Et sans doute on t’en voudra
de chercher à savoir ce qui doit s’ignorer.
Alors tu te tairas,
et si on te pousse tu tomberas,
mais si on te cherche on te trouvera :
à l’angle d’un autre chemin,
avec tes regards innocents
mouillés d’exil,
sur la voie sacrée qui mène au rêve,
à l’immémorial oubli.

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