66 – La ville

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L’écran noir se peuple de vraies bombes virtuelles.
Je marche en gris parmi les mendiants qui m’appellent.
Puis je croise un facteur, un vrai désespéré,
qui se jette à la boîte avec tout son courrier ;
et bien sûr un homme riche, plus gras que satisfait,
qui se cache et s’affiche en pleine impunité.
La ville est un empire qui brûle ses vaisseaux
et pousse ses marins vers les services sociaux.
Mais les parfums des femmes sont comme des trésors.
Le corsaire que j’étais voudrait être moins mort ;
saisir leur taille au vif et tirer son chapeau ;
à leurs pieds balancer des diamants et des mots ;
et violenter la proue pour conquérir le pont ;
finir par jeter l’ancre sans souci d’horizon.
La ville est un écran qui nourrit ses écrans,
qui fige ses piétons, les grime en figurants.
Je me vois défiler, habillé en légume.
Ma viande est trafiquée, mes volontés posthumes.
Je croise un homme en blanc, un marchand de charbon,
à l’heure routinière où chacun se sent bon.
Mon air vient de nulle part comme le sien vient d’ailleurs.
Ne pas se saluer pour nous est le meilleur.
Mais les parfums des femmes sont comme des trésors.
Le corsaire que j’étais voudrait être moins mort ;
saisir leur taille au vif et tirer son chapeau ;
à leurs pieds balancer des diamants et des mots ;
et violenter la proue pour conquérir le pont ;
finir par jeter l’ancre sans souci d’horizon.
La ville est un empire qui brûle ses vaisseaux.
Ce qu’elle veut traverser n’est guère qu’un ruisseau.
Mais le peuple s’engouffre, car l’élite l’excite.
Les mendiants se réveillent. Les hommes en blanc s’évitent.
Rue sens dessus dessous, boulevards en déroute,
gamelles changeant de mains tout au fond de la soute :
le délire est en marche dès qu’il fait du surplace,
mais au fond de la boîte le facteur se prélasse.
Et les parfums des femmes sont comme des trésors.
Le corsaire que j’étais voudrait être moins mort ;
saisir leur taille au vif et tirer son chapeau ;
à leurs pieds balancer des diamants et des mots ;
et violenter la proue pour conquérir le pont ;
finir par jeter l’ancre sans souci d’horizon.

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